Agence France Press
Le métropolite Kirill, qui a été élu mardi patriarche de
Moscou et de toutes les Russies, est un diplomate expérimenté connu
pour son indépendance d'esprit et sa volonté d'élargir l'influence de
l'Eglise à la sphère sociale et politique.
A 62 ans, cet homme à la longue barbe blanche caractéristique des
dignitaires orthodoxes prend la tête d'une Eglise qui s'est renforcée
depuis la chute de l'URSS et pendant le patriarcat d'Alexis II, mort en
décembre et dont Kirill fut l'un des proches collaborateurs. Jusqu'alors métropolite de Smolensk et de Kaliningrad et presque deux
mois durant chef par intérim de l'Eglise orthodoxe russe, il est aussi
le seul haut responsable orthodoxe connu du grand public en Russie,
grâce notamment à sa propre émission de télévision hebdomadaire, "Les
paroles du pasteur".
En près de 20 années à la direction du puissant département des
relations extérieures du Patriarcat de Moscou - l'équivalent d'un
ministère des Affaires étrangères -, il est aussi devenu, avec Alexis
II, le visage de l'orthodoxie russe à l'étranger. A ce poste, il a notamment établi des liens avec le Vatican, ce qui lui
vaut des critiques de la part de ses détracteurs, sur fond
d'accusations de prosélytisme visant les catholiques. Selon les experts, Kirill n'est pas un réformateur, mais il est doté
d'un esprit indépendant et est soucieux de voir l'Eglise jouer un rôle
politique et social. Les autorités russes pourraient dès lors avoir du
mal à le contrôler.
Kirill "a un charme certain (...), il ne cache pas ses positions et
personne n'arrive à le soumettre", note Maxime Chevtchenko, le chef du
Centre de recherches stratégiques sur les religions et la politique
contemporaines. "L'Eglise, avec Kirill à sa tête, pourra enfin avoir une chance d'être
un joueur indépendant sur la scène politique, au lieu de rester l'objet
de manipulations de l'Etat", estime même l'hebdomadaire Vlast. Si la biographie officielle de Kirill brosse le portrait d'un jeune
homme porté vers la religion dès son plus jeune âge, ses parents ayant
"réveillé chez leur fils la volonté de servir l'Eglise", elle comporte
aussi des zones d'ombre. Son père et son grand-père, des religieux, ont d'ailleurs connu les camps soviétiques.
En 1965, à 19 ans, Kirill - de son vrai nom Vladimir Goundiaïev - entre
au séminaire de sa ville natale Saint-Pétersbourg (Leningrad à
l'époque), puis rédige une thèse et enseigne à l'Académie
ecclésiastique. A en croire sa soeur Elena, citée dans le quotidien populaire Tvoï Den,
il avait déclaré pendant ses études : "si je ne rencontre pas une fille
avec laquelle je veux passer le reste de ma vie, je deviendrai moine",
se fixant pour date limite le 27 mars 1969.
Le 3 avril 1969, il revêt l'habit monacal, et, dans les années 1970, sa carrière au sein de l'Eglise s'accélère. Il est d'abord nommé secrétaire personnel du métropolite Nikodim de
Leningrad, accède à son premier poste diplomatique dès 1971, devenant
représentant du Patriarcat de Moscou auprès du Conseil mondial des
Eglises. Kirill accompagne alors régulièrement le patriarche Pimène dans ses
voyages, avant de prendre en 1989 la tête du département des relations
extérieures.
Le 25 février 1991, il est élevé à la dignité de métropolite de Smolensk et de Kaliningrad.