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Site officiel de l'Aumonerie Militaire Orthodoxe de la LEGION ETRANGERE. Informations, Communications, Publications et Réaction, Action, Enseignement.

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Pages choisies sur la Vie spirituelle - volet 4

2. LES BARAQUEMENTS<o:p></o:p>

À l’appel, le camp reprend vie. Les prisonniers sortent de leurs baraquements. Le vent froid et mordant ainsi que l’obscurité sont une agonie pour les gens à l’extérieur. Alignés devant leur baraquement, les prisonniers reçoivent leurs repas et vont immédiatement au travail.<o:p></o:p>

Les baraquements sont vidés de leurs habitants, mais l’odeur des vêtements humides, la sueur humaine, les excréments et les désinfectants l’emplissent. Comme les cris des surveillants, les jurons fracassant l’âme, la souffrance des gens et la cruauté des criminels demeurent à l’intérieur. Le sentiment déprimant entre les bancs nus et les rangées des couchettes, est compensé par la chaleur des lieux, les rendant un tant soit peu vivables, adoucissant le sentiment de vide.<o:p></o:p>

À moins 30° C, les vents vifs d’aujourd’hui n’alarment pas seulement les prisonniers partis au travail, mais également ceux qui sont vêtus chaudement et qui les surveillent. Les prisonniers traînent les pieds avec crainte en allant vers le travail. Ils savent que celui-ci est conçu pour les meurtrir. Les exigences définies par les officiers supérieurs du camp sont pratiquement impossibles à satisfaire. Tout est entrepris pour conduire lentement ces gens à la mort. Tant les prisonniers politiques que ceux de droit commun dont les crimes sont punissables de mort, sont envoyés vers ce camp. Peu en reviennent vivants.<o:p></o:p>

Père Arsène, dont le nom est Piotr Andreyevitch Streltzoff avant sa prêtrise, a reçu l’identité de " zek " (prisonnier) n° 18376. Il a été expédié vers ce camp il y a six mois et il sait qu’il n’y a pas d’espoir qu’il puisse le quitter un jour. Nous le retrouvons maintenant dans son environnement au camp de détention spéciale.<o:p></o:p>

La nuit se transforme en une aube obscure, pour donner une brève journée à moitié sombre. Toujours, les lumières du guet balayent le camp. Père Arsène est au travail, brisant des bûches près des baraquements. Il doit aussi les transporter dans ceux-ci afin d’alimenter les poêles.<o:p></o:p>

" Seigneur, Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur ! " murmure-t-il constamment en travaillant. Les bûches humides et à moitié gelées ne sont brisées qu’avec difficulté. Les haches n’étant pas autorisées au camp, il coupe les bûches en martelant un coin du bois avec une autre bûche. La lourde bûche gelée glisse et saute des faibles mains du Père Arsène, ne pouvant pas toucher le coin convenablement. Le travail est lent. L’épuisement et le manque de nourriture rendent le travail impossible à accomplir convenablement. Tout est lourd et difficile. Néanmoins les baraquements doivent être chauffés avant l’arrivée des travailleurs. Ils doivent être propres, ordonnés et balayés. Si tout n’est pas prêt à temps, le surveillant enverra Père Arsène à la cellule de punition et les autres prisonniers le battront.<o:p></o:p>

Les prisonniers politiques sont souvent battus : les surveillants les battent pour les punir, les criminels aiment faire ce qu’ils ont l’habitude de faire, et toute leur haine et leur cruauté sont ainsi extériorisées. Chaque jour, une personne est battue, avec plaisir, parce que pour les criminels, c’est une réelle distraction.<o:p></o:p>

" Aie pitié de moi, pécheur. Aide-moi, Je mets ma confiance en Toi, ô Seigneur et en toi, ô Mère de Dieu. Ne m’abandonne pas, donne-moi la force ", Père Arsène prie, puis succombe peu à peu à l’épuisement tandis qu’il transporte des tas de bûches les unes après les autres, vers les poêles.<o:p></o:p>

Il est maintenant temps d’allumer les feux. Les poêles sont froids et ne donnent plus aucune chaleur. Il n’est pas facile d’allumer le feu parce que les bûches sont humides et il n’y a pas d’allume-feu secs. Le jour précédant, Père Arsène a trouvé des branches sèches et les a placées dans un coin, près d’un des poêles en songeant, " Demain, je serai en mesure d’allumer rapidement les poêles ! " Le lendemain, voilà qu’il s’approche pour prendre les allume-feu, et il découvre alors que des criminels ont versé de l’eau dessus. Il réalise que s’il est en retard pour allumer les feux, le baraquement ne sera pas chauffé pour le retour des travailleurs. Père Arsène court derrière les baraquements et essaie de trouver des écorces ou quelque chose de sec. Et pendant ce temps, il prie " Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu ! Aie pitié de moi, pécheur ", et ajoute alors " que Ta volonté soit faite ! " Il regarde partout, mais ne trouve rien qui soit sec. Il ne sait pas comment allumer le feu.<o:p></o:p>

Pendant que Père Arsène cherche des branches sèches, un vieil homme travaillant dans les baraquements proches passe par là. Il s’agit d’un criminel doté d’une Immense cruauté. Les gens racontent que, même à l’époque du Tsar, son nom était infâme à travers tout le pays. Il a commis tellement de crimes qu’il ne peut se les rappeler tous. L’on connaît mal chaque détail de ses crimes, tant ses exploits ont été nombreux. Néanmoins, quand il s’est présenté devant le tribunal, le juge connaissait suffisamment de ses crimes pour le condamner à être fusillé. Sa sentence a été commuée en internement dans un camp d’emprisonnement, ce qui, pour certains criminels, est pire : fusillé, vous souffrez brièvement, mais au camp la mort est lente et pénible. Ceux qui sont libérés du camp en sortent invalides. Sachant cela, beaucoup de criminels deviennent cruels, et battent les prisonniers politiques, mais aussi d’autres criminels. Ils les battent parfois à mort.<o:p></o:p>

Ce criminel est le chef de l’ensemble des baraquements. Même les officiers du camp ont peur de lui. Il suffit seulement d’un froncement des sourcils de sa part pour qu’un " accident " se produise. Ses camarades d’internement l’appellent " Barbe Grise ". Il est dans la soixantaine avec une apparence avenante. Il commence souvent par parler aux gens de façon aimable, parfois en plaisantant. Puis, soudainement, il jure horriblement et tape avec les poings.<o:p></o:p>

Voyant Père Arsène occupé à chercher quelque chose, il crie :<o:p></o:p>

·        " Que cherches-tu, prêtre stupide ? " <o:p></o:p>

·        " J’avais préparé des branches sèches pour allumer le feu aujourd’hui, et quelqu’un a jeté de l’eau dessus, je cherche donc quelque chose de sec. Les bûches sont humides, je ne sais pas quoi faire. " <o:p></o:p>

·        " C’est exact, prêtre stupide, sans allume-feu, tu es perdu ! " <o:p></o:p>

·        " Les gens vont revenir du travail, ils auront froid et ils vont me battre ", murmure alors Père Arsène. <o:p></o:p>

·        " Viens, pope, je vais te donner des allume-feu ", dit Barbe Grise en conduisant Père Arsène vers un beau tas d’allume-feu secs. Père Arsène se dit qu’il s’agit d’une mauvaise plaisanterie, il connaît trop Barbe Grise et il ne peut espérer aucune aide de sa part. <o:p></o:p>

·        " Prends-en, Père Arsène, prends ce dont tu as besoin ! " dit le criminel. Père Arsène commence à rassembler rapidement des branches sèches, tout en pensant tout le temps : " Je vais prendre quelques allume-feu et il va crier que je suis un voleur. " Soudain, il réalise que l’homme l’a appelé Père Arsène. Il prie en silence, se signe mentalement, et commence à rassembler les allume-feu. <o:p></o:p>

·        " Prends-en davantage, Père Arsène ! plus encore ! " aboie Barbe Grise. Ensuite, il se courbe et commence à aider Père Arsène, transportant les allume-feu dans les baraquements et les déposant à côté des poêles. <o:p></o:p>

·        Père Arsène s’incline devant lui et dit : " Que Dieu te bénisse. " Barbe Grise ne répond pas et s’en va. <o:p></o:p>

Père Arsène dépose le bois dans les poêles et allume le feu. Les bûches commencent à brûler. Il a cette fois l’opportunité de jeter plus de morceaux de bois dans la flamme et de nettoyer le baraquement, essuyer les tables, dépoussiérer et recueillir encore des bûches.<o:p></o:p>

Il est maintenant à peu près trois heures. Les poêles sont brûlants et le baraquement se réchauffe. Les odeurs deviennent plus violentes, mais grâce à la chaleur, le baraquement retrouve une atmosphère familière presque agréable. Le surveillant vient plusieurs fois quand Père Arsène est au travail. Comme toujours, ses mots sont haineux et menaçants. Pendant une de ses visites, il frappe Père Arsène à la tête avec un morceau de bois.<o:p></o:p>

Transporter les bûches et les jeter dans les poêles exténue Père Arsène. La tête lui fait mal. Fatigué et faible, son coeur bat irrégulièrement et sa respiration est mauvaise. Ses jambes sont tellement affaiblies qu’elles peuvent à peine porter son corps fatigué. " Ne m’abandonne pas, ô Dieu, " chuchote-t-il en se courbant sous le poids des bûches.<o:p></o:p>


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