Angélique Kourounis
"La Libre Belgique"
La Grèce ne sera plus le seul pays orthodoxe au sein de lUnion européenne. Avec ladhésion, lundi, de la Bulgarie et de la Roumanie, les orthodoxes multiplient leur population par quatre, passant de 11 à 40 millions. Finis les sourires en coin à lapproche dun pope tout de noir vêtu avec sa longue barbe blanche, et les Grecs sen réjouissent davance.
"Voir des orthodoxes ne sera plus une exception mais on se fondra dans le paysage européen", souligne le professeur Kalopoulos, spécialiste du droit européen à luniversité du Pirée. "Notre voix nen sera que plus forte", pense-t-il, tout en se demandant comment va se passer la coopération des différentes églises orthodoxes au sein de lUnion. "Elles sont toutes indépendantes, explique-t-il, et peuvent donc légitimement demander à ouvrir un bureau à Bruxelles, comme lEglise grecque la fait. Cela risque de faire un peu cacophonie."
Le Métropolite de France (anciennement de Belgique) Emmanuel, et exarque pour lEurope, regrette à demi-mots que les églises grecque et russe naient pas accepté dêtre représentées à Bruxelles et auprès de la Commission par le bureau du Patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomée I, chef spirituel de plus de 400 millions dorthodoxes dans le monde.
Plus de poids
Mais il se félicite de ce renfort inespéré douailles. "Ce qui est extrêmement positif, souligne-t-il, cest que les orthodoxes auront plus de poids et donc plus de pouvoir vis-à-vis des autres, car nous ne serons plus une minorité minimale de 11 millions dhabitants mais une minorité maximale de plus de 40 millions dâmes". Dans la même logique, il défend vigoureusement lentrée dans lUnion des pays des Balkans occidentaux, "comme la Serbie et le Monténégro".
But non avoué de lopération : faciliter tant que faire se peut la vie du Patriarcat de Constantinople en but à lhostilité déclarée dAnkara, qui lui mène la vie dure et refuse de reconnaître loecuménisme de Bartholomée I, ce que le pape Benoît XVI ne sest pas privé de faire dans sa visite historique de novembre dernier en Turquie.
Changer limage
Il nempêche quune question se pose : cette entrée massive de lorthodoxie dans lUnion européenne va-t-elle contribuer à la démocratisation du Dogme ? Le métropolite Emmanuel en doute. "On ne peut pas si facilement changer une image", souligne-t-il, rejoint en cela, une fois nest pas coutume, par Anna Karamanou, féministe et ex-députée européenne socialiste.
"Aucune de ces églises na jamais donné un signe dune réelle volonté dévolution, déclare-t-elle. Elles sont restées là où elles étaient il y a 2000 ans, elles ne reconnaissent pas légalité des sexes, interdisent lordination des femmes, leur barrent laccès du Mont Athos, alors que cest un territoire européen de plus de 4 000 m2 que les femmes financent via leurs impôts. Je nattends rien de nouveau."
Reste que pour le chef de lEglise orthodoxe grecque, Mgr Christodoulos converti depuis peu aux vertus de lUnion européenne et du dialogue interreligieux, "lentrée dEtats orthodoxes" dans lUE, en sus de la Grèce, "a une importance particulière en vue dune réponse commune à une série de problèmes".
Esprit de collaboration
Il nempêche, la bataille dinfluence entre le Patriarcat oecuménique, qui rassemble tous les Grecs de la diaspora et jouit dun très grand prestige, et le Primat dAthènes, réputé pour son anti-occidentalisme, risque de faire rage au sein de lUnion malgré "lesprit de collaboration" affiché de part et dautre.