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Site officiel de l'Aumonerie Militaire Orthodoxe de la LEGION ETRANGERE. Informations, Communications, Publications et Réaction, Action, Enseignement.

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UNE PERSPECTIVE ÉTHIQUE ORTHODOXE 2

II LA SOUFFRANCE ET LA MORT DANS L’ÉCONOMIE DIVINE

Selon l’anthropologie orthodoxe, l’homme (en tant que terme générique pour les hommes et les femmes), est créé à l’" image " de Dieu et est appelé à croître vers la " ressemblance " de Dieu, à assumer les qualités ou les vertus de la vie divine elle-même. Ce processus de croissance vers la " ressemblance " de Dieu, appelé " théosis " ou " déification ", résulte de l’initiative divine. La grâce sanctifiante qui effectue la transfiguration de l’existence humaine consiste en énergie divine ou attributs de la Divinité, insufflés dans la vie personnelle du croyant par l’action de l’Esprit Saint. L’initiative divine, cependant, doit être complétée par l’initiative humaine. En conséquence, la theosis est le résultat de la volonté humaine œuvrant avec la volonté divine en un processus connu sous le nom de " synergie ", ou coopération entre l’homme et Dieu. Son but est de faire revenir la personne humaine à l’état primordial de perfection mythiquement décrit dans le récit de la création (Genèse, ch. 2-3). Cet état primordial est celui d’avant la chute et n’est donc pas affecté par le péché, ni soumis à la mort qui en est la conséquence.

Cela veut dire que la mort est une anomalie au sein de l’ordre créé. C’est une intrusion involontaire, non voulue, dans les affaires humaines, qui doit être vaincue si la vie humaine doit atteindre son but véritable, qui est celui de la pleine réalisation. Alors que la mort de l’organisme physique peut être considérée soit comme une bénédiction, mettant fin à l’aliénation de l’homme d’avec Dieu, soit comme une partie naturelle et nécessaire du cycle de la vie, elle reste du point de vue de la théologie et de l’expérience orthodoxes un ennemi spirituel qui est autant la cause du péché de l’homme qu’elle en est la conséquence. Dans la mesure où la peur de la mort provoque la rébellion, l’agressivité et l’aliénation de Dieu et des autres, la mort elle-même ne peut pas raisonnablement être jugée moralement neutre.

La théologie orthodoxe comprend la vie comme un don de Dieu, qui doit être reçu avec reconnaissance et un sens de la responsabilité. Dieu nous a choisis non pour la mort, mais pour la vie, dont le telos, ou but ultime, est la communion éternelle avec les Personnes de la Sainte Trinité. Cela, à son tour, signifie que nous devrions concevoir et gérer notre vie dans la perspective que nous aurons à en rendre compte. Bien que don librement conféré comme les talents de la parabole évangélique, l’existence humaine implique notre responsabilité envers Dieu, pour servir sa gloire et le salut du monde qui est sien. Finalement, c’est dans la célébration que la vie humaine trouve sa signification. Créés à l’image divine et appelés à assumer la ressemblance divine, nous devons faire de notre existence une anaphore perpétuelle, une " offrande " de nous-mêmes et du cosmos dans son ensemble. Dans ce mouvement du cœur vers la vie divine, cette transfiguration du corps de chair en un corps spirituel, la mort reste le dernier ennemi. En réalité, son pouvoir destructeur a été vaincu par la puissance plus forte de la Croix, mais elle reste comme l’obstacle ultime entre nous-même et la plénitude de la nouvelle vie en Christ inaugurée par notre baptême et qui sera amenée à sa plénitude dans le Royaume de Dieu.

Du point de vue chrétien, notre véritable mort et notre renaissance ont lieu lorsque nous sommes plongés dans les eaux baptismales et qu’au nom de la Sainte Trinité nous émergeons et sommes unis à la communion des saints, vivants et morts, qui constituent le corps de notre Seigneur glorifié. On peut donc dire que par la Croix du Christ la mort physique ne nous menace plus ; elle a perdu son aiguillon. Le dernier ennemi a été transformé en un passage bienvenu qui conduit vers la vie et la joie éternelles.

Ceci étant, le " dernier ennemi " continue cependant à nous dominer sous la forme du processus de la mort. La crainte de souffrances prolongées et sans signification, plus que la mort elle-même, est la cause principale de l’angoisse et du désespoir de ceux qui sont en fin de vie. Pour déterminer les limites du régime de " non-traitement " choisi, il faut comprendre la signification de la souffrance dans l’expérience chrétienne et savoir dans quelle mesure la souffrance possède des qualités rédemptrices.

Les exploits ascétiques des Pères du désert et d’autres ascètes chrétiens témoignent de façon éloquente de la réalité des " souffrances rédemptrices ". Certaines formes de souffrances mentales et physiques, distinctes mais souvent associées à la douleur, peuvent nous faire croître spirituellement de trois manières. En premier lieu, la souffrance rend indéniable la réalité de notre propre péché, de nos faiblesses et de nos manquements. Contrairement à Job, notre patience est limitée et la souffrance nous offre la tentation constante de " maudire Dieu et de mourir " (cf. Jb 2,9). Deuxièmement, une fois que nous nous rendons compte au milieu de nos souffrances que nous sommes incapables de nous sauver nous-même, nous pouvons – comme Job – obéir à l’impulsion divine qui nous pousse à nous confier à la miséricorde de Dieu comme étant notre seule source d’espoir et de force ; en nous obligeant à choisir sans cesse entre Dieu et le désespoir, la souffrance peut atteindre la qualité d’une discipline ascétique, qui triomphe des passions de la chair et de l’esprit.

Toute souffrance cependant n’est pas rédemptrice. Au delà d’un certain seuil elle déshumanise, brisant la volonté et réduisant à néant les meilleures intentions du cœur. De telles souffrances peuvent être produites par des facteurs extérieurs au delà de notre contrôle : la torture, la douleur physique excessive due à la maladie, ou une angoisse mentale provenant de menaces extérieures. Des chercheurs se rendent actuellement compte que d’autres formes de souffrances peuvent également être dégradantes et dépourvues de qualités " rédemptrices ". Tous les hommes ne sont pas des saints Ignace d’Antioche, prêts à faire face psychologiquement et spirituellement à la mort du martyr dans l’arène. Les victimes d’abus sexuels dans l’enfance, par exemple, ou des personnes ayant souffert de pertes irrémédiables ou d’abandon, peuvent être si profondément blessées que la peur même de la souffrance – vue comme une punition supplémentaire – peut provoquer en elles un désespoir et une crainte incontrôlables.

Finalement, il faut admettre que la souffrance comprend souvent un élément de l’absurde. Nous ne pouvons pas tout bonnement tenir pour acquis que toute tragédie dans l’existence humaine vient de la volonté de Dieu. Dans l’Évangile de Jean da guérison de l’aveugle-né, Jn 9,1-40), Jésus affirme sans équivoque que la souffrance et la culpabilité ne sont pas nécessairement reliées. Dieu permet la tragédie, oui. Dans la prière des Pères d’Optino, nous supplions Dieu : " Apprends-moi à accepter d’une âme sereine tous les imprévisibles de la journée.., donne-moi la conviction profonde que rien n’arrive que ce ne soit avec ton agrément... que je me souvienne que tout événement imprévu l’est avec ton accord ". Cependant il est impensable que le Dieu de miséricorde et de compassion soit d’accord pour permettre – dans le sens de vouloir et de désirer – la torture, les bombes des terroristes ou des tremblements de terre effroyables comme nous en avons connu ces dernières années. Si nous affirmons que " rien n’arrive que ce ne soit selon la volonté de Dieu ", nous devons tout de même insister sur la distinction fondamentale entre ce qui est la volonté de Dieu et son désir et ses intentions. Dieu ne désire pas que ses créatures, si rebelles soient-elles, soient les victimes de souffrances déshumanisantes. Cependant, dans le mystère insondable de l’économie divine, il se peut que ce soit selon sa volonté que nous passions par de telles expériences.

Tout ce que nous pouvons savoir à cet égard, toutefois, est en fait tout ce que nous avons besoin de connaître au sujet du mystère de la souffrance humane. Et c’est que, en dépit de l’élément de l’absurde qui lui est inhérent, Dieu nous accompagne dans notre souffrance : il la connaît et la partage pleinement. En tant que Serviteur souffrant, Il a le pouvoir de transformer n angoisse sans signification en une expérience véritablement rédemptrice. Là où la personne est devenue incapable de ressentir cette qualité rédemptrice à cause de l’intensité de la douleur physique ou mentale, il reste la possibilité d’une souffrance rédemptrice portée par un Autre, par celui qui demeure à jamais " le Crucifié " (Mc 16,6), ainsi que par la présence, l’intercession et l’amour de ceux qui portent et partagent le fardeau de celui qui est affligé.

Ainsi vue à la lumière de la passion et de la mort sacrificielle du Christ lui-même, toute souffrance est potentiellement rédemptrice. La prière ecclésiale et la solidarité des membres du Corps du Christ peuvent faire de la tragédie la plus apparemment " dépourvue de sens ", un témoignage de la Croix et de la vérité que la Vie a vaincu la mort.

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