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Site officiel de l'Aumonerie Militaire Orthodoxe de la LEGION ETRANGERE. Informations, Communications, Publications et Réaction, Action, Enseignement.

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UNE PERSPECTIVE ÉTHIQUE ORTHODOXE 3

III LE BIEN-ÊTRE SPIRITUEL DU MALADE

Appliquant ces réflexions concernant la vie et la souffrance humaines à la situation de ceux qui sont au stade final de leur maladie, nous pouvons proposer quelques lignes directrices qui pourraient être utiles à ceux qui soignent professionnellement le mourant et à tous ceux qui l’accompagnent.

Tout d’abord, il convient de surmonter l’opposition existant entre d’une part le " vitalisme " et de l’autre l’euthanasie destinée à assurer la " mort dans la dignité ". Il s’agit dans le premier cas d’une idolâtrie manifeste qui refuse d’admettre que la signification et la fin ultime de la vie humaine se situent au delà de l’horizon de la mort biologique. Pour ce qui est du deuxième cas, nous sommes en fait en présence d’une ingénieuse alliance de notions contradictoires en soi, dans la mesure où il n’y a pas de " bonne " mort. La mort est, et restera toujours, tragique dans son essence même. L’espérance chrétienne est enracinée non dans l’attente de la mort mais dans celle de sa défaite, son annihilation par l’instrument de la mort lui-même : " Par la mort il a vaincu la mort ! " Ainsi donc l’euthanasie, qu’elle soit active ou passive, volontaire ou involontaire, n’apporte pas de solution au problème que pose le fait de devoir mourir, si ce n’est d’avancer l’heure de l’inéluctable.

Le critère ultime qui doit être utilisé pour déterminer si le non-traitement est approprié à telle ou telle situation donnée est celui du bien-être spirituel du malade. Cela veut dire que les principes du " caractère sacré " de la vie et de sa " qualité " ne doivent plus s’exclure mutuellement. Le " caractère sacré " de l’existence humaine n’est pas nécessairement préservé par le main tien des fonctions biologiques. La " qualité " de la vie n’est pas elle non plus assurée par le fait de "débrancher" le malade ou de lui administrer une piqûre mortelle. Qu’est-ce qui constitue la " qualité " de vie d’un malade en état de coma irréversible ? Les paroles de la Bien-aimée du Cantique des Cantiques de Salomon : " Je dors, mais mon cœur veille " (Ct 5,2) ne peuvent-elles pas L s’appliquer ici ? Les abîmes de l’inconscience ne sont-ils pas peut-être comparable à ceux du schéol dans la vision du psalmiste : " Si je monte au ciel, tu y es, si je descends aux enfers, tu es là " (Ps 138,8) ?

Quoi qu’il en soit, étant donné la dimension de transcendance de l’existence humaine, le respect du caractère sacré de la vie doit toujours prendre en considération sa qualité spirituelle. Cela signifie entre autres qu’il nous faut méditer avec le plus grand sérieux les prières traditionnelles de l’Église pour que la séparation de l’âme et du corps s’accomplisse dans la paix. Lorsqu’un malade est en état de coma irréversible (dans la mesure où cela peut humainement être constaté), ou en proie à des souffrances intolérables que les médicaments ne peuvent pas soulager, alors le personnel médical moralement responsable ne retiendra pas comme objectif essentiel la nécessité de perpétuer cet état.

Le traitement médical se doit d’accorder toujours la priorité aux besoins du malade. Alors que les soins appropriés et l’alimentation sont nécessaires pour éviter le risques d’infection et limiter la détérioration de l’état physique, la considération primordiale dans le cas des mourants doit être de soulager les souffrances et les douleurs physiques et psychologiques. Une " bonne " mort ne peut advenir que grâce à un " bon " mourir. Le but primordial de l’équipe médicale ne doit donc pas être de prolonger la vie du mourant, mais bien plutôt de soulager la souffrance, de sorte que le malade puisse être en mesure de puiser au maximum dans ses propres ressources spirituelles. La " séparation de l’âme et du corps dans la paix " demande que le malade soit suffisamment libéré des douleurs et autres formes de souffrance pour pouvoir se préparer à la mort de façon adéquate. Le fait de lui administrer des médicaments appropriés à cet effet ne constitue pas une violation du principe du " caractère sacré " de la vie, même si cela doit avoir pour conséquence secondaire de hâter le moment de la mort.

Personne, hormis le malade lui-même, n’est en mesure de juger si ses souffrances ont une qualité rédemptrice. S’il est dans le coma ou s’il est la proie de grandes souffrances qui ne peuvent être soulagées, il est alors tout-à-fait justifié de mettre fin aux moyens qui prolongent artificiellement la vie et de prescrire des médicaments antalgiques administrés par voie orale ou par injection.

Aujourd’hui toutefois, les tribunaux se trouvent confrontés à un corollaire de ce principe qui soulève des problèmes éthiques très graves : peut-on ou non laisser un malade mourir de faim et de soif ? Y a-t-il une différence morale entre supprimer une aide respiratoire et débrancher une sonde d’alimentation ? Nombreux sont ceux qui pensent qu’il n’y a pas de différence, et les tribunaux semblent de plus en plus se faire l’écho de cette conviction. De même aussi se pose la question de savoir si le processus est volontaire ou non. Une personne au stade terminal de la maladie peut refuser de boire et de s’alimenter, ou des personne responsables peuvent décider de cesser d’alimenter un malade dans le coma ou dans l’impossibilité de prendre des décisions. Le problème dans ce dernier cas est que nous ne savons nullement ce que le malade peut ressentir. Certaines personnes dans le coma peuvent entendre et comprendre tout ce qui est dit par l’entourage, mais ne sont pas capables de communiquer activement. Dans la mesure où un malade dans le coma peut être conscient, la suppression de la sonde d’alimentation est susceptible de causer en lui les affres de celui qui meurt littéralement de faim et de soif. Jusqu’à ce que la science médicale soit capable de déterminer avec exactitude ce que le malade en question lui-même ressent à ce stade du point de vue de la douleur et de la réception des stimulations extérieures, ce serait une faute morale que de lui supprimer l’eau et la nourriture. Nous avons pu dans la revue Time au moment où ces discussions ont commencé : " Si quelqu’un doit mourir de faim deux ou trois semaines après avoir été débranché, pourquoi ne pas lui faire dès maintenant une injection mortelle sans douleur ? " Tout processus qui fait de l’euthanasie active la solution préférée est en soi immoral et doit être rejeté.

Il faut donc reconnaître que refuser d’alimenter et de désaltérer quelqu’un n’est pas la même chose que mettre fin à un quelconque système d’acharnement thérapeutique. La première méthode amène inéluctablement la mort, alors que la seconde, comme cela a été tragiquement démontré dans le cas de Karen Ann Quinlan (1), permet aux ressources de l’organisme de prendre le relais. Que ces ressources soient ou non adéquates pour maintenir la vie, cela est un autre problème. Le critère permanent qui doit servir de guide dans le non-traitement est en dernier ressort le bien-être du mourant. Il se peut que ce bien-être soit assuré au mieux par l’arrêt des méthodes artificielles de maintien en état de survie. Il est certain qu’il ne l’est pas dès lors que la mort est délibérément provoquée.

[(1) La tragédie de Karen Ann Quinlan est la premier cas moderne bien connu du début sur le " droit de mourir." Jeune adulte de 21 ans, Karen Ann Quinlan s'est effondrée après l'ingestion de l'alcool et des tranquillisants à un parti en 1975. Les médecins lui ont sauvé la vie, mais elle a subi des atteintes au cerveau et est tombée dans un état " végétatif " permanent. Sa famille a engagé une procédure juridique très publicisée pour avoir le droit de " débrancher " ses appareils de soutien de vie. Ils ont réussi, mais Karen Ann a continué de respirer après que le respirateur ait été débranché. Elle est restée dans un coma pendant presque dix ans dans une maison de repos, jusqu'à sa mort en 1985.]

J’ai parlé avec certains médecins orthodoxes qui ne sont pas d’accord là-dessus et qui estiment que cesser d’alimenter et de donner à boire au malade dans les cas manifestements terminaux est un processus médical moralement acceptable. Ils avancent que dans ce cas le malade ne souffre pas et meurt en réalité d’une cause naturelle, puisqu’il n’est pas en meure de s’alimenter lui-même ou de l’être autrement que par des méthodes " extraordinaires ". Lorsque le malade est mourant, et qu’il est clairement établi qu’il ne souffrira pas du fait du manque de nourriture, une telle procédure peut en fait être appropriée. Mais, même si le principe est accepté, chaque cas doit être jugé en lui-même, afin d’assurer dans la mesure du possible le bien-être physique et spirituel de chaque patient.

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